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6 août 2007 1 06 /08 /août /2007 20:27

Belfort est une ville stratégique située sur la Porte d'Alsace, une trouée entre le sud des Vosges et le massif du Jura. Lorsqu'au début de la guerre franco-allemande l'Armée du Rhin est mise en déroute dans le nord de l'Alsace, puis que Strasbourg est prise le 28 septembre, Belfort constitue le dernier rempart avant une invasion du centre de la France par les armées allemandes qui pourraient prendre en tenaille les forces françaises, alors basées en Lorraine et en Champagne.
Pierre Philippe Denfert-Rochereau est nommé gouverneur de la place de Belfort en 1870 et dès l'annonce de la progression allemande, il entreprend l'édification de fortifications supplémentaires pour compléter efficacement les fortifications héritées de Vauban. Leur organisation était devenue obsolète, mais elles avaient le grand mérite d'être très résistantes à l'impact des obus ennemis.
Lorsque les troupes allemandes, commandées par le général von Werder et son adjoint le général von Tresckow, investissent les pourtours de la ville le 3 novembre, elles se heurtent à une résistance plus vive que prévue. Tout au long du premier mois, la garnison de Belfort parvient à mener des sorties, appuyées par ses canons à longue portée, avec pour résultat l'obligation répétée pour les Allemands de reculer, abandonnant les villages qu'ils pouvaient avoir pris auparavant. Inférieurs numériquement et confrontés à un hiver rigoureux, les Allemands ne peuvent progresser que lentement dans le développement de leur siège.
Ce n'est qu'à partir du 3 décembre que les Allemands, équipés de canons de faible portée, peuvent procéder à un bombardement de la ville, suivi d'une rapide interruption du fait d'une riposte énergique de la garnison. Mais dès le 13 décembre, les assiégeants progressent, conquièrent certaines positions et fortins qui leur permettent de bombarder de façon intensive et quasi continue la ville, d'autant qu'ils reçoivent de nouveaux canons en renfort et que les défenseurs sont depuis le début de janvier affaiblis par une épidémie de typhus et de variole.
Parallèlement, une armée de l'Est a été constituée dans le but de libérer Belfort, puis, pour une part de porter la guerre à l'est du Rhin et pour l'autre part de couper les arrières des armées allemandes positionnées au nord-est de la France. Le général Bourbaki est à son commandement, mais l'armée progresse lentement et von Werder organise une ligne de défense efficace qui lui permet de concentrer ses troupes au point où les Français font signe de lancer leur attaque principale. Cette attaque à lieu le 16 janvier, après une journée de préparation d'artillerie. Malgré quelques erreurs d'organisation, l'armée de l'Est parvient à durement affaiblir ses ennemis et à les faire reculer à proximité de Belfort, où la population, pleine d'espoir, peut entendre le bruit des bombardements. Mais, à l'image de ce qui s'est passé à Mars-la-Tour six mois plus tôt, Bourbaki, surestimant l'adversaire et sous-estimant ses forces, donne l'ordre de revenir sur les positions initiales, refusant de poursuivre l'avantage. Le 17, ses troupes repoussent victorieusement une attaque surprise d'un régiment badois, mais restent encore sur place, puis le 18, Bourbaki ordonne la retraite. C'en est fini des espoirs de libération pour Belfort.
C'est avec des troupes renforcées et du matériel supplémentaire que von Tresckow peut redoubler d'intensité dans le siège des fortifications. Mais son désir de voir chuter Belfort le rend imprudent ou impatient, et le 27 janvier, il lance une offensive prématurée et insuffisamment protégée sur la redoute des Perches, qui lui coûte la vie de 500 hommes. Il doit alors se résoudre à une avance en tranchées, plus prudente et plus adaptée à son infériorité numérique persistante. C'est le 8 février qu'il parvient à s'emparer de la redoute des Perches, ouvrant la voie à l'attaque directe du château. L'issue du siège est désormais jouée : les défenseurs ne seront plus capables de résister bien longtemps.
Mais les opérations sont suspendues à l'annonce de l'intégration de Belfort dans l'armistice général (15 février) et le 18 février, Denfert-Rochereau reçoit un ordre exprès du gouvernement de la Défense nationale, présidé par Louis Adolphe Thiers, lui intimant l'ordre de rendre les armes. C'est donc après un siège de 103 jours où sa garnison et la population firent preuve d'une résistance héroïque que Belfort fut quittée par ses défenseurs, munis d'un laissez-passer et portant fièrement leurs armes.
La garnison comprenait initialement 17 700 hommes, dont 4 750 trouvèrent la mort, ainsi que 336 civils, tandis que presque tous les bâtiments de la ville avaient été endommagés par les bombardements. Les Allemands ont quant à eux perdu environ 2 000 hommes pendant le siège.
La résistance de Belfort sauva l'honneur d'une France humiliée par la défaite de Mac-Mahon à Sedan et la honteuse reddition de Bazaine à Metz. Elle offrit aussi la possibilité à Thiers de négocier la conservation de l'arrondissement de Belfort au sein de la France, alors qu'il faisait auparavant partie de l'Alsace, désormais revendiquée par les Allemands.
En hommage à cette résistance, il fut offert à la ville un monument réalisé par Bartholdi et placé sur le flanc de la falaise dominant la ville : le Lion de Belfort.

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Published by Patrick R. Nastro - dans NAPOLEON III ET LA GUERRE
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