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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 08:09
1857-2007

La Médaille de Sainte-Hélène est une décoration militaire française du second empire.

stehelene5.gif saintehelene.jpg





















Le 15 avril 1821, lors de son exil à Sainte-Hélène, Napoléon dicte un testament comportant trois parties. La troisième, celle qui nous intéresse, doit se comprendre comme un acte de reconnaissance à l'égard de ceux qui, de 1792 à 1815, avaient combattu « pour la gloire et l'indépendance de la France ». Dans ce but, il lègue la moitié de son patrImoine privé, qu'il estime alors à 200 millions de francs.
Napoléon III voulant «honorer par une distinction spéciale les militaires ayant combattu sous les drapeaux de la France dans les Grandes Armées de 1792 à 1815», une médaille commémorative fut accordée à tous les survivants. Il appela cette nouvelle décoration «Médaille de Sainte-Hélène».
La médaille fut créée par décret le 12 août 1857; c'est le sculpteur Désiré-Albert Barre qui la dessina et la réalisa. A l'avers se trouve le profil de l'Empereur Napoléon 1er, et au revers ce texte: «Campagnes de 1792 à 1815. À ses compagnons de gloire, sa dernière pensée, 5 mai 1821».
Elle était présentée dans une boîte de carton au couvercle recouvert d'un papier blanc glacé portant en relief l'Aigle Impérial et l'inscription «Aux compagnons de gloire de Napoléon 1er- Décret du 12 août 1857».
Cette médaille de bronze est portée à la boutonnière, suspendue à un ruban vert et rouge à raies très étroites.
On estime qu’environ 405 000 soldats de la Grande Armée de Napoléon (Français, Belges, Danois, Irlandais, etc..) en bénéficièrent. Les chiffres sont approximatifs du fait de la disparition des archives dans l'incendie du palais de la Légion d'Honneur durant la Commune. Seuls les documents contenus dans chaque dépôt d'archives départementales françaises sont conservés, quand ceux-ci n'ont pas été eux-mêmes détruits.
Il était à la fois simple et rigoureux d’en devenir bénéficiaire. On doit avoir servi aux armées de terre ou de mer françaises entre 1792 et 1815, sans aucune durée de service requise, ni aucune participation à une campagne. Par contre, il faut obligatoirement pouvoir justifier de son service durant cette période à l’aide de tout document émanant des autorités militaires. Si l’ancien militaire possède encore son livret militaire, son congé définitif ou de réforme, son mémoire de proposition à la retraite, il y a droit. Malheureusement ceux qui ont perdu tous ces documents ne pourront pas prétendre l’obtenir.
La première distribution eut lieu le 15 août 1857. Ce jour-là, à treize heures, l'Empereur, Napoléon III, remit lui-même la Médaille à son oncle Jérôme Bonaparte (âgé de 75 ans). Les maréchaux Vaillant (Ministre de la Guerre), Magnan, Pelissier, Baraguay d'Hillier, l'amiral Hamelin (Ministre de la Marine) sont parmi les tous premiers médaillés. Ornano, Gouverneur des Invalides, ainsi que bon nombre de généraux de division et de brigade, d'amiraux, de vice-amiraux et de contre-amiraux la recevront aussi. L'un des plus célèbres parmi les humbles : le Capitaine Coignet.
Les quatre Grands Chanceliers de la Légion d'Honneur en exercice pendant la période d'attribution de la médaille de Sainte-Hélène sont :

  • 24/3/1853 : Général Anne Charles Lebrun, duc de Plaisance
  • 20/7/1859 : Maréchal Aimable Pelissier, duc de Malakoff
  • 21/11/1860 : Amiral Ferdinand Hamelin
  • 27/1/1864 : Général Charles de Flahaut

La Commission chargée de la répartition de ces legs décida de choisir parmi eux 5.000 des plus méritants, qui recevraient chacun 400 francs et bien entendu la médaille. Parmi ceux-ci, cent quarante-quatre Belges purent se dire héritiers de l'Empereur. Les autres ne reçurent que la médaille et le diplôme l’accompagnant.
Nous avons vu que la décoration pouvait aussi être attribuée à l'étranger, où s'étaient formées bon nombre de sociétés de frères d'armes. Des bijoux furent envoyés en Hollande, en Pologne, en Allemagne, en Italie. Les anciens militaires de la République et de l'Empire susceptibles de recevoir la Médaille doivent s'adresser au bourgmestre de leur commune et déposer entre ses mains les pièces à l'appui de leur demande. Ainsi par exemple, à Mons (Belgique), les Bourgmestres et Echevins avisent la population, qu'il résulte du décret impérial du 15 août, qu'une médaille commémorative est donnée à tous les militaires des armées de terre et de mer qui ont combattu sous les drapeaux français de 1792 à 1815.
Les édiles préviennent en conséquence ceux des habitants de la ville que la chose intéresse qu'ils doivent remettre au bureau militaire de l'administration communale les demandes qu'ils seraient disposés à adresser au gouvernement français à l'effet d'obtenir la médaille dont il s'agit. Chaque demande devra être accompagnée d'une copie certifiée des états de service des pétitionnaires (Mons, le 19 septembre 1857).
Une liste nominative des ayant-droits est adressée à l'autorité supérieure par chaque commune. La Légation de France à Bruxelles se charge de réclamer les brevets et les médailles au nom des bénéficiaires. En outre, l'Office des Correspondances fait paraître l'avis suivant dans plusieurs journaux :
« L'Office des Correspondances, qui compte à Bruxelles plus de dix années d'exercice, vient de fonder à Paris un bureau spécial pour hâter à la vérification des titres à l'obtention de la médaille créée par l'Empereur en faveur des militaires qui ont servi de 1792 à 1815 inclusivement, sous les drapeaux français. L'administration de l'Office, s'empresse d'informer les ayant-droits qu'elle se charge, au prix le plus modéré, de la recherche et de la copie des états de service, de la rédaction des pétitions et des mémoires, ainsi que des démarches auprès des autorités compétentes et de tous renseignements nécessaires tant en Belgique qu'en France. L'Office, essentiellement belge, se rendra gratuitement utile aux anciens militaires dont l'indigence sera constatée. S'adresser en personne ou par lettre affranchie, 7 rue des Eperonniers à Bruxelles ». 
On peut admettre qu'environ 15 000 Belges reçurent cette autorisation. Des listes de médaillés (environ 14.162 noms, selon le général Couvreur) ont paru dans le Moniteur Belge des 23 janvier, 20 février, 18 mars et 27 avril 1858 et du 16 janvier 1859 (annexes A, B). Les décorations furent envoyées aux administrations communales qui les distribuèrent avec plus ou moins de faste. Des cérémonies solennelles eurent lieu dans de nombreuses communes du pays.
Des femmes (qui avaient été employées dans les armées du 1er Empire) ayant également réclamé la Médaille, Napoléon III ordonna de faire suite à leurs demandes, pour autant qu'elles puissent présenter des titres en règle. « La Fourragère », n° 7, 12ème série, en cite quelques-unes de chez nous : Marie Somers, 70 ans, de Cruybeke, avait fait la guerre d'Espagne dans le 9ème hussards, où elle avait servi pendant dix ans ; Philippine Charlotiaux, veuve Bailly, 70 ans, de Namur, fut faite prisonnière étant vivandière à la 22ème batterie du 9ème d'artillerie (campagne de Russie 1812) ; il faut citer aussi Sophie Timmermans et Anne-Thérèse Burniaux.
Le plus jeune décoré belge fut probablement Auguste-Joseph Dereume, né à Maestricht le 1 mars 1807 et admis comme enfant de troupe au 20ème dragons le 6 décembre 1813.
Le dernier médaillé belge est sans doute François-Ange-Joseph Thiery, né à Tournai le 25 septembre 1797 ; officier de santé dans la Grande Armée, prisonnier de guerre des Russes en 1814, licencié en avril 1814, il mourut à Haelen le 29 mars 1891.
Le général Brialmont, connu pour ses travaux au système de fortifications belges (Liège, Namur, Anvers …) après l’indépendance de la Belgique, s'éteignit à l'âge de 96 ans.
La Médaille n'ayant pas été décernée à titre posthume, certains ne purent jamais la recevoir : Philippe Viseur, incorporé en 1808 au 23ème de ligne, avait fait les campagnes d'Italie, d'Allemagne et de Prusse ; il avait reçu trois blessures à Lützen et Bautzen ; il rentra dans ses foyers après l'abdication de 1814 et fut enterré le 29 décembre 1857. D'autres furent momentanément oubliés, ainsi à Mons, l'huissier Godart, ex sergent-major au 7ème léger, 2ème bataillon, 5ème compagnie qui, blessé à Eylau près du drapeau de son régiment le 8 février 1807, avait été amputé du bras droit à l'âge de 21 ans.
On trouve énormément de détails sur le parcours militaire des volontaires Belges de la Grande Armée (pays traversés, blessures reçues au combat ...), sur leur physique (taille, couleur des yeux ...), leur condition de vie en 1857 (secours, indigence ...), leur santé, leur situation familiale, leurs sentiments par rapport aux événements auxquels ils ont participé. Le Musée Royal de l'Armée à Bruxelles possède quelques dossiers de médaillés belges. Parmi ces documents, citons les deux lettres qui suivent :
« A l'Empereur des Français à Paris.
Bruges, le 26 7bre 1857. Sire! J'ai l'honneur de vous adressée la conger ci-après et de vous priée de bien me donnée les médailles de Ste Hélène pour les services rendus à la Belgique et à la France. Recevez, Sire!, les pression de mes civilités a le empressement en bien cordial ami.
P. J. Simon
Rue des pierres, 27
A Bruges. »
Ne retrouve-t-on pas là le sans-gêne et la bonhomie de ces hommes pour qui l'Empereur était, quarante ans plus tôt, un père, un compagnon d’armes ? L'autre lettre est adressée au Ministre des Affaires Etrangères par le président de la Société des Anciens Frères d'Armes de Saint-Nicolas :
« A Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères à Bruxelles.
Monsieur le Ministre,
En ma qualité de Président des anciens frères d'armes de l'Empire français, j'ai l'honneur de vous adresser ci-joint la liste dûment certifiée par Monsieur le Bourgmestre de cette ville désignant les noms des militaires qui ont obtenu la Médaille de Sainte-Hélène décernée par Napoléon III.
Je vous prie, Monsieur le Ministre, au nom de mes compagnons d'armes, de vouloir provoquer l'autorisation nécessaire pour qu'ils puissent porter cette marque de distinction. Agréez, Monsieur le Ministre, l'assurance de mon respect.
Le Président, Hébert . »
Les Belges, en application de la loi du 11 juillet 1832, devaient en effet obtenir l'autorisation (ce règlement est toujours d’application aujourd’hui) de porter cette décoration étrangère en Belgique. Les bourgmestres durent, par l'entremise des gouverneurs de provinces, faire parvenir les listes des médaillés belges de moralité notoire. Si leur demande était acceptée, les décorés recevaient en plus du brevet français, une autorisation ainsi libellée :
« Léopold, Roi des Belges.
A tous, présents et à venir, salut.
Vu la requête du sieur ……… demandant à être autorisé à porter la Médaille de Sainte-Hélène qui lui a été décernée par Sa Majesté l'Empereur des Français.
Vu l'article 9 de la loi du 11 juillet 1832.
Sur le rapport de notre Ministre des Affaires Etrangères, Nous avons arrêté et arrêtons :
Art. 1 : le sieur … est autorisé à porter la susdite médaille sans pouvoir la détacher du ruban. Art. 2 : notre Ministre des Affaires Etrangères est chargé de l'exécution du présent arrêté. »
 

Site sur les médaillés de Sainte-Hélène:
http://www.stehelene.org/

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Published by Patrick R. Nastro - dans LE SECOND EMPIRE
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